Dossier citoyen · Octobre 2026
Déserts médicaux :
deux ans pour les territoires
6,3 millions de Français n'ont pas de médecin traitant. Dès novembre 2026, 3 700 futurs généralistes entament leur dernière année de formation, sans aucune obligation d'aller là où on les attend. Ce dossier propose une règle simple : les deux premières années d'un jeune médecin, payées et logées, là où on manque de médecins.
Lire les témoignagesPartager6,3 M
de Français sans médecin traitant en 2025
Cour des comptes via Vidal (2026)
12 jours
pour voir un généraliste, contre 4 en 2019
L'Essentiel de l'Éco (avril 2026)
75,7 %
des Français vivent là où l'accès aux soins est insuffisant
Sénat, rapport n° 668 (2026)
3 700
futurs généralistes en dernière année dès novembre 2026
Docndoc (2026)
Sommaire
1. Ils témoignent
Chercher un médecin, et ne pas en trouver
Ces témoignages ont été publiés publiquement, sur le forum des assurés de l'Assurance maladie ou dans la presse. Ceux du forum sont cités sans le nom de leurs auteurs, à l'orthographe près.
Des patients
Je n'ai plus de suivi médical, et je suis remboursé à 30 % au lieu de 70 %.
Depuis le départ en retraite de leur médecin, ils sont sans médecin traitant, dans l'impossibilité d'en trouver un.
Je dois absolument en trouver un pour faire ma reprise du travail.
Des soignants
Même Paris est devenue un désert médical en médecins traitants.
On forme de plus en plus de médecins, pour autant les besoins augmentent plus vite que le nombre de médecins formés.
Sans médecin traitant, on est moins bien remboursé. Autrement dit : on paie plus cher le fait d'habiter au mauvais endroit.
2. Le constat
Moins de médecins, plus d'attente
Le nombre de généralistes libéraux baisse : 55 790 en 2025, soit 4 768 de moins en dix ans (Sénat, rapport n° 668 (2026)). Dans le même temps, la population vieillit et les besoins augmentent. Résultat : il faut attendre trois fois plus longtemps qu'en 2019 pour voir un généraliste.
Baromètre FHF / Ipsos BVA, mars 2026, 2 500 personnes interrogées. Source : L'Essentiel de l'Éco (avril 2026).
Assurés sans médecin traitant
6,3 millions en 2025 (Cour des comptes)
Source : Cour des comptes via Vidal (2026)
Densité de généralistes
-18 % entre 2000 et 2021
Source : Sénat, rapport n° 668 (2026)
Français dans un territoire où l'accès aux soins est insuffisant
75,7 %
Source : Sénat, rapport n° 668 (2026)
Écart entre départements (2010-2026)
Creuse : -19,3 % de médecins actifs. Hautes-Alpes : +44,7 %.
Source : L'Essentiel de l'Éco (avril 2026)
Français qui ont renoncé à au moins un soin en cinq ans
73 %, 10 points de plus qu'en 2024 (FHF, mars 2026)
Source : L'Essentiel de l'Éco (avril 2026)
Le problème n'est pas seulement le nombre de médecins. C'est leur répartition : les Hautes-Alpes en gagnent, la Creuse en perd.
3. Ce qui existe déjà
Des outils, mais aucun qui garantit un médecin
Avant de proposer, il faut regarder ce qui existe. Tout repose aujourd'hui sur le volontariat ou sur des textes qui ne sont pas en vigueur.
La 4e année de médecine générale (dès novembre 2026)
Les futurs généralistes deviennent « docteurs juniors » pendant un an, en cabinet ou en maison de santé, payés 2 375 € brut par mois, plus 1 000 € en zone prioritaire.
La limite : Les zones sous-dotées sont seulement encouragées, jamais imposées. Rien ne garantit qu'un docteur junior aille là où on manque de médecins.
Source : ARS Centre-Val de Loire
Le contrat d'engagement de service public
Une bourse de 1 200 € brut par mois pour l'étudiant, contre au moins deux ans d'exercice dans une zone désignée (Banque des territoires). 596 contrats ouverts pour 2025-2026 (Le Quotidien du médecin (juillet 2026)).
La limite : Il est volontaire et ne concerne qu'une petite partie des étudiants. Mais il prouve que la règle des deux ans est acceptée quand elle est payée.
L'aide à l'installation de l'Assurance maladie
Jusqu'à 50 000 € pour s'installer dans un désert médical.
La limite : Environ 200 médecins l'avaient signée, selon la presse médicale. L'argent seul ne suffit pas à faire venir des médecins.
Source : Le Quotidien du médecin
La proposition de loi transpartisane « Garot »
Adoptée par l'Assemblée nationale le 7 mai 2025. Le Sénat a voté une version très assouplie de son article 1er le 11 juin 2026, par 215 voix contre 118.
La limite : L'examen a été ajourné faute de temps. Le texte n'est ni adopté définitivement, ni applicable.
Source : Caducée (juin 2026)
La proposition de loi « Mouiller » et la solidarité territoriale
Jusqu'à deux jours par mois de consultations dans les zones les plus touchées, pour chaque médecin. Adoptée par le Sénat le 13 mai 2025.
La limite : Toujours en attente à l'Assemblée nationale. Et deux jours par mois, ce sont des consultations ponctuelles, pas un suivi.
Source : Assemblée nationale
La règle des deux ans existe déjà pour quelques centaines de volontaires. Ce dossier propose de l'étendre à tous les nouveaux généralistes, avec les mêmes contreparties.
4. La solution
Deux ans pour les territoires
Un jeune médecin consacre ses deux premières années d'exercice aux territoires qui manquent de médecins. Il est mieux payé, logé et jamais seul. Ensuite, il s'installe où il veut.
Deux ans là où on manque de médecins
- Première année : la 4e année d'internat, comme docteur junior dans une zone sous-dotée, sous la supervision d'un maître de stage. Seule exception : quand aucun maître de stage n'est disponible, et le Gouvernement doit alors en recruter.
- Deuxième année : la première année après le diplôme, au même endroit ou dans une zone voisine, au choix : libéral, salarié d'un centre de santé, collaborateur ou remplaçant.
- Un binôme de transmission : le jeune médecin peut reprendre les patients d'un confrère proche de la retraite. Et ceux qui ont signé un contrat d'engagement de service public ont déjà rempli l'obligation.
Mieux payé, logé, et libre ensuite
- Une prime d'exercice territorial pendant les deux ans, sur le modèle des 1 000 € par mois déjà versés aux docteurs juniors en zone prioritaire.
- Un logement proposé par l'Agence régionale de santé et les collectivités, qui le font déjà souvent pour attirer des médecins.
- Liberté totale après deux ans. Pas de régulation à vie : un engagement de début de carrière, comme dans beaucoup de métiers de la fonction publique.
5. Le financement
Un coût faible, et des aides déjà existantes
Le salaire du docteur junior est déjà payé : la mesure change seulement le lieu où il travaille. Ce qui coûte en plus, c'est la prime et le logement.
Prime de 1 000 € par mois, 2 ans, 3 700 médecins
≈ 90 M€ par an
Deux promotions en même temps
Logement, environ 6 000 € par an et par médecin
≈ 45 M€ par an
Souvent déjà pris en charge par les collectivités
Estimation, à affiner par le Gouvernement. Elle suppose que tous les médecins concernés touchent la prime ; une partie la touche déjà en zone prioritaire (ARS Centre-Val de Loire).
Pour financer, on réoriente les aides à l'installation qui existent déjà, jusqu'à 50 000 € par médecin (Le Quotidien du médecin), vers ces deux ans garantis. Une aide versée à quelques volontaires devient une prime versée à tous ceux qui vont là où on les attend.
6. FAQ
Les critiques, et nos réponses
Ces objections reviennent dans chaque débat sur les déserts médicaux. Chacune a sa réponse, preuves à l'appui.
« La contrainte va faire fuir les jeunes médecins. »
« Ça ne crée pas un médecin de plus. »
« 75 % du pays est en zone sous-dotée : la mesure ne cible rien. »
« Il n'y a pas assez de maîtres de stage dans les déserts pour encadrer les docteurs juniors. »
« Le Gouvernement a déjà prévu deux jours par mois de solidarité territoriale. »
« Un jeune médecin seul dans un village, c'est dangereux. »
« Ailleurs, ça marche ? »
« Les Français n'en veulent pas. »
Deux ans, payés et logés, en début de carrière. Ce n'est pas la fin de la liberté d'installation : c'est sa contrepartie.
7. Notre appel
Ce que nous demandons aux élus
Ce dossier porte la voix de tous ceux qui cherchent un médecin et n'en trouvent pas. Nous demandons quatre choses concrètes :
- 1Poser une question écrite au Gouvernement : combien des docteurs juniors de novembre 2026 exercent dans une zone sous-dotée, et combien de maîtres de stage y manquent ?
- 2Intégrer les deux ans pour les territoires dans la suite de l'examen des propositions de loi sur l'accès aux soins actuellement en navette.
- 3Appliquer la mesure dès la promotion 2027, comme le prévoit le texte, partout où l'on manque de médecins.
- 4Garantir un logement aux jeunes médecins qui acceptent d'exercer en zone sous-dotée, par une convention entre l'Agence régionale de santé et les collectivités.
Pour donner suite, il suffit de répondre au message qui vous a transmis ce dossier.
Faites circuler
Le meilleur moyen que ça bouge, c'est de partager
Un dossier qui reste dans un tiroir ne change rien. Plus il circule, plus les élus devront y répondre. Envoyez-le à un patient sans médecin, à un soignant, à votre maire, à votre député. Chaque partage compte.
8. Le droit
Pourquoi ça tient devant un juriste
Voici les objections qu'un juriste, un syndicat de médecins ou le Conseil constitutionnel pourraient soulever, et pourquoi le texte y résiste.
« C'est une atteinte à la liberté d'installation. »
La liberté d'installation n'est pas un principe constitutionnel à part : elle fait partie de la liberté d'entreprendre. Le législateur peut la limiter pour un motif d'intérêt général, ici la protection de la santé garantie par la Constitution, si l'atteinte est proportionnée. Elle l'est : deux ans seulement, en début de carrière, avec une rémunération, un logement et des dispenses pour raison grave.Base juridique : Article 4 de la Déclaration de 1789 (liberté d'entreprendre) et alinéa 11 du Préambule de 1946 (droit à la protection de la santé).
« Aucune profession de santé n'est encadrée de cette façon. »
C'est faux : l'installation des infirmiers est encadrée depuis 2008, celle des kinésithérapeutes depuis 2018, celle des sages-femmes et des chirurgiens-dentistes depuis 2025 (Sénat, rapport n° 668 (2026)). Aucun de ces dispositifs n'a été censuré.Base juridique : Conventionnement sélectif des professions de santé, rapport n° 668 du Sénat (2026).
« On change les règles en cours de route pour des internes déjà engagés. »
Non. Le texte ne s'applique qu'aux étudiants qui commencent leur dernière année à partir de la rentrée 2027. Ceux qui sont déjà en formation connaissent les règles qui s'appliquent à eux.Base juridique : Principe de sécurité juridique : article 3 de la proposition de loi (entrée en vigueur différée).
« C'est une rupture d'égalité entre les jeunes médecins et les autres. »
Le principe d'égalité permet de traiter différemment des situations différentes, si c'est en rapport avec le but de la loi. Un médecin qui débute n'a ni patientèle ni cabinet : c'est précisément pour ça qu'il est le seul qu'on peut affecter sans désorganiser les soins.Base juridique : Article 6 de la Déclaration de 1789, jurisprudence constante du Conseil constitutionnel sur l'égalité devant la loi.
« S'il n'y a pas de maître de stage dans la zone, la loi est inapplicable. »
Le texte prévoit cette seule exception, écrite noir sur blanc, au lieu de laisser le décret ou le juge l'inventer.Base juridique : Article 1er de la proposition de loi.
9. Le texte
Proposition de loi, prête à être déposée
Un texte court, sans jargon inutile. Chaque article renvoie à un article de code qui existe déjà : rien à deviner pour les services de l'Assemblée.
Proposition de loi
visant à ce que chaque nouveau médecin généraliste exerce ses deux premières années là où l'on manque de médecins
Exposé des motifs
Mesdames, Messieurs, 6,3 millions d'assurés n'avaient pas de médecin traitant en 2025, et le délai moyen pour consulter un généraliste a triplé depuis 2019.
Depuis novembre 2026, les futurs généralistes accomplissent une quatrième année de formation en cabinet. Rien ne garantit qu'ils l'accomplissent là où l'on manque de médecins.
La présente proposition de loi pose une règle simple : la dernière année de formation et la première année d'exercice se font dans une zone où l'offre de soins est insuffisante. Ensuite, la liberté d'installation s'applique pleinement.
Article 1er – La dernière année de formation
L'article L. 632-2 du code de l'éducation est complété par un alinéa ainsi rédigé :
« La dernière année du troisième cycle des études de médecine générale est accomplie dans une zone mentionnée au 1° de l'article L. 1434-4 du code de la santé publique. Il ne peut y être dérogé que lorsqu'aucun maître de stage agréé n'est disponible dans ces zones. »
Article 2 – La première année d'exercice
I. – Pendant l'année qui suit l'obtention de son diplôme d'études spécialisées de médecine générale, le médecin exerce dans une zone mentionnée au 1° de l'article L. 1434-4 du code de la santé publique, à titre libéral, salarié ou comme remplaçant.
II. – Tant qu'il n'a pas accompli cette année, il ne peut pas adhérer à la convention nationale mentionnée à l'article L. 162-5 du code de la sécurité sociale pour exercer hors de ces zones.
III. – Le directeur général de l'agence régionale de santé peut l'en dispenser pour un motif grave de santé ou de famille.
IV. – Le médecin qui a exécuté un contrat d'engagement de service public prévu à l'article L. 632-6 du code de l'éducation a rempli cette obligation.
Article 3 – Entrée en vigueur
Les articles 1er et 2 s'appliquent aux étudiants qui commencent leur dernière année de médecine générale à partir de la rentrée universitaire 2027.
Article 4 – Les contreparties (à reprendre par le Gouvernement)
Pendant les deux années prévues aux articles 1er et 2, le médecin perçoit une prime d'exercice territorial, et l'agence régionale de santé lui propose un logement. Un décret fixe le montant de la prime.
Article 5 – Le suivi
Chaque année, le Gouvernement publie, pour chaque région, le nombre de médecins concernés, le nombre de maîtres de stage qui manquent dans les zones sous-dotées et le nombre de médecins restés dans ces zones après leurs deux ans.
Un député ou un sénateur peut déposer
Les articles 1er, 2, 3 et 5. Ils ne créent aucune dépense : le docteur junior est déjà rémunéré, et l'obligation ne coûte rien à l'État.
Le Gouvernement doit reprendre
L'article 4, la prime et le logement. Un parlementaire ne peut pas créer une dépense (article 40 de la Constitution) : il doit demander au Gouvernement de le reprendre, par exemple dans le budget de la Sécurité sociale.
Sources
- Vidal, rapport de la Cour des comptes « Le dispositif du médecin traitant » (septembre 2026)
- Sénat, rapport n° 668 sur la proposition de loi transpartisane contre les déserts médicaux (27 mai 2026)
- Caducée, le vote du Sénat du 11 juin 2026 sur la loi Garot
- Assemblée nationale, dossier de la proposition de loi Mouiller sur l'accès aux soins
- Egora, la mission de solidarité territoriale adoptée au Sénat (mai 2025)
- ARS Centre-Val de Loire, le docteur junior de médecine générale
- Docndoc, la rentrée 2026 des internes
- Le Quotidien du médecin, 596 contrats d'engagement de service public (juillet 2026)
- Banque des territoires, la loi du 27 décembre 2023 sur l'accès aux soins
- Le Quotidien du médecin, l'aide de 50 000 € à l'installation
- Elabe pour Les Echos, les Français et la mobilisation des médecins (janvier 2026)
- L'Essentiel de l'Éco, chiffres FHF, Ordre des médecins et ministère (avril 2026)
- Slate, la régulation de l'installation en Allemagne
- Le Quotidien du médecin, la position de l'Isnar-IMG (février 2025)
- Forum des assurés ameli, « Pas de médecin traitant, remboursement 30 % »
- Forum des assurés ameli, « Se soigner sans médecin traitant ? »
- Forum des assurés ameli, « Que faire quand tous les médecins refusent de nouveaux patients ? »
Chiffres vérifiés le 16 octobre 2026. Les témoignages du forum des assurés sont des messages publics, cités sans le nom de leurs auteurs.