Dossier citoyen · Octobre 2026

Déserts médicaux :
deux ans pour les territoires

6,3 millions de Français n'ont pas de médecin traitant. Dès novembre 2026, 3 700 futurs généralistes entament leur dernière année de formation, sans aucune obligation d'aller là où on les attend. Ce dossier propose une règle simple : les deux premières années d'un jeune médecin, payées et logées, là où on manque de médecins.

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Sommaire
  1. 1. Ils témoignent
  2. 2. Le constat
  3. 3. Ce qui existe déjà
  4. 4. La solution
  5. 5. Le financement
  6. 6. Les critiques, et nos réponses
  7. 7. Ce que nous demandons
  8. 8. Partager ce dossier
  9. 9. Pourquoi ça tient juridiquement
  10. 10. La proposition de loi

1. Ils témoignent

Chercher un médecin, et ne pas en trouver

Ces témoignages ont été publiés publiquement, sur le forum des assurés de l'Assurance maladie ou dans la presse. Ceux du forum sont cités sans le nom de leurs auteurs, à l'orthographe près.

Des patients

Je n'ai plus de suivi médical, et je suis remboursé à 30 % au lieu de 70 %.
Un assuré sans médecin traitantForum public des assurés, janvier 2026 · Forum des assurés ameli
Depuis le départ en retraite de leur médecin, ils sont sans médecin traitant, dans l'impossibilité d'en trouver un.
Un assuré, à propos de ses prochesForum public des assurés, novembre 2025 · Forum des assurés ameli
Je dois absolument en trouver un pour faire ma reprise du travail.
Un assuré refusé par les médecins de son secteurForum public des assurés · Forum des assurés ameli

Des soignants

Même Paris est devenue un désert médical en médecins traitants.
Le président des généralistes de la CSMF, premier syndicat de médecins libérauxArticle d'avril 2026 · L'Essentiel de l'Éco (avril 2026)
On forme de plus en plus de médecins, pour autant les besoins augmentent plus vite que le nombre de médecins formés.
La déléguée générale de la Fédération hospitalière de FranceArticle d'avril 2026 · L'Essentiel de l'Éco (avril 2026)

Sans médecin traitant, on est moins bien remboursé. Autrement dit : on paie plus cher le fait d'habiter au mauvais endroit.

2. Le constat

Moins de médecins, plus d'attente

Le nombre de généralistes libéraux baisse : 55 790 en 2025, soit 4 768 de moins en dix ans (Sénat, rapport n° 668 (2026)). Dans le même temps, la population vieillit et les besoins augmentent. Résultat : il faut attendre trois fois plus longtemps qu'en 2019 pour voir un généraliste.

Délai moyen pour obtenir un rendez-vous (2026)
Généraliste en 20194 jours
Généraliste en 202612 jours
Cardiologue en 20263 mois
Dermatologue en 20264 mois et demi

Baromètre FHF / Ipsos BVA, mars 2026, 2 500 personnes interrogées. Source : L'Essentiel de l'Éco (avril 2026).

Le problème n'est pas seulement le nombre de médecins. C'est leur répartition : les Hautes-Alpes en gagnent, la Creuse en perd.

3. Ce qui existe déjà

Des outils, mais aucun qui garantit un médecin

Avant de proposer, il faut regarder ce qui existe. Tout repose aujourd'hui sur le volontariat ou sur des textes qui ne sont pas en vigueur.

  • La 4e année de médecine générale (dès novembre 2026)

    Les futurs généralistes deviennent « docteurs juniors » pendant un an, en cabinet ou en maison de santé, payés 2 375 € brut par mois, plus 1 000 € en zone prioritaire.

    La limite : Les zones sous-dotées sont seulement encouragées, jamais imposées. Rien ne garantit qu'un docteur junior aille là où on manque de médecins.

    Source : ARS Centre-Val de Loire

  • Le contrat d'engagement de service public

    Une bourse de 1 200 € brut par mois pour l'étudiant, contre au moins deux ans d'exercice dans une zone désignée (Banque des territoires). 596 contrats ouverts pour 2025-2026 (Le Quotidien du médecin (juillet 2026)).

    La limite : Il est volontaire et ne concerne qu'une petite partie des étudiants. Mais il prouve que la règle des deux ans est acceptée quand elle est payée.

  • L'aide à l'installation de l'Assurance maladie

    Jusqu'à 50 000 € pour s'installer dans un désert médical.

    La limite : Environ 200 médecins l'avaient signée, selon la presse médicale. L'argent seul ne suffit pas à faire venir des médecins.

    Source : Le Quotidien du médecin

  • La proposition de loi transpartisane « Garot »

    Adoptée par l'Assemblée nationale le 7 mai 2025. Le Sénat a voté une version très assouplie de son article 1er le 11 juin 2026, par 215 voix contre 118.

    La limite : L'examen a été ajourné faute de temps. Le texte n'est ni adopté définitivement, ni applicable.

    Source : Caducée (juin 2026)

  • La proposition de loi « Mouiller » et la solidarité territoriale

    Jusqu'à deux jours par mois de consultations dans les zones les plus touchées, pour chaque médecin. Adoptée par le Sénat le 13 mai 2025.

    La limite : Toujours en attente à l'Assemblée nationale. Et deux jours par mois, ce sont des consultations ponctuelles, pas un suivi.

    Source : Assemblée nationale

La règle des deux ans existe déjà pour quelques centaines de volontaires. Ce dossier propose de l'étendre à tous les nouveaux généralistes, avec les mêmes contreparties.

4. La solution

Deux ans pour les territoires

Un jeune médecin consacre ses deux premières années d'exercice aux territoires qui manquent de médecins. Il est mieux payé, logé et jamais seul. Ensuite, il s'installe où il veut.

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Deux ans là où on manque de médecins

  • Première année : la 4e année d'internat, comme docteur junior dans une zone sous-dotée, sous la supervision d'un maître de stage. Seule exception : quand aucun maître de stage n'est disponible, et le Gouvernement doit alors en recruter.
  • Deuxième année : la première année après le diplôme, au même endroit ou dans une zone voisine, au choix : libéral, salarié d'un centre de santé, collaborateur ou remplaçant.
  • Un binôme de transmission : le jeune médecin peut reprendre les patients d'un confrère proche de la retraite. Et ceux qui ont signé un contrat d'engagement de service public ont déjà rempli l'obligation.
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Mieux payé, logé, et libre ensuite

  • Une prime d'exercice territorial pendant les deux ans, sur le modèle des 1 000 € par mois déjà versés aux docteurs juniors en zone prioritaire.
  • Un logement proposé par l'Agence régionale de santé et les collectivités, qui le font déjà souvent pour attirer des médecins.
  • Liberté totale après deux ans. Pas de régulation à vie : un engagement de début de carrière, comme dans beaucoup de métiers de la fonction publique.

5. Le financement

Un coût faible, et des aides déjà existantes

Le salaire du docteur junior est déjà payé : la mesure change seulement le lieu où il travaille. Ce qui coûte en plus, c'est la prime et le logement.

Prime de 1 000 € par mois, 2 ans, 3 700 médecins

≈ 90 M€ par an

Deux promotions en même temps

Logement, environ 6 000 € par an et par médecin

≈ 45 M€ par an

Souvent déjà pris en charge par les collectivités

Estimation, à affiner par le Gouvernement. Elle suppose que tous les médecins concernés touchent la prime ; une partie la touche déjà en zone prioritaire (ARS Centre-Val de Loire).

Pour financer, on réoriente les aides à l'installation qui existent déjà, jusqu'à 50 000 € par médecin (Le Quotidien du médecin), vers ces deux ans garantis. Une aide versée à quelques volontaires devient une prime versée à tous ceux qui vont là où on les attend.

6. FAQ

Les critiques, et nos réponses

Ces objections reviennent dans chaque débat sur les déserts médicaux. Chacune a sa réponse, preuves à l'appui.

« La contrainte va faire fuir les jeunes médecins. »
C'est l'argument des internes, qui jugent que « la coercition doit être bannie » (Le Quotidien du médecin (février 2025)). Mais il ne s'agit pas d'interdire de s'installer quelque part toute sa vie : il s'agit des deux premières années, payées et logées, puis liberté totale. Des centaines d'étudiants le font déjà volontairement avec le contrat d'engagement de service public. Et la régulation n'est pas un tabou : infirmiers, kinés, sages-femmes et dentistes y sont déjà soumis (Sénat, rapport n° 668 (2026)).
« Ça ne crée pas un médecin de plus. »
C'est vrai, et ce dossier ne prétend pas le contraire. Former plus de médecins prend dix ans. En attendant, la question est de savoir où travaillent ceux qu'on forme. Les deux premières années, c'est le moment où un jeune médecin n'a encore ni patientèle ni cabinet : c'est le seul moment où l'envoyer là où on l'attend ne casse rien.
« 75 % du pays est en zone sous-dotée : la mesure ne cible rien. »
Juste : le chiffre de 75,7 % mesure une tension, pas un désert au sens strict (Caducée (juin 2026)). C'est pour ça que la proposition commence par les zones les plus touchées : le ministère a identifié 151 « zones rouges » où vivent plus de 2,5 millions de Français (L'Essentiel de l'Éco (avril 2026)).
« Il n'y a pas assez de maîtres de stage dans les déserts pour encadrer les docteurs juniors. »
C'est la vraie limite. Le texte prévoit donc une exception quand aucun maître de stage n'est disponible, et demande au Gouvernement de compter, zone par zone, combien il en manque. Un docteur junior en zone sous-dotée, c'est aussi une aide immédiate pour le médecin qui l'accueille, souvent débordé.
« Le Gouvernement a déjà prévu deux jours par mois de solidarité territoriale. »
Deux jours par mois, ce sont des consultations ponctuelles, pas un médecin traitant qui suit ses patients. Et ce dispositif fait partie d'une proposition de loi adoptée au Sénat en mai 2025, toujours en attente à l'Assemblée nationale (Assemblée nationale). Les deux mesures peuvent se compléter.
« Un jeune médecin seul dans un village, c'est dangereux. »
Il ne sera pas seul. La première année est la dernière année d'internat : le docteur junior exerce en autonomie supervisée, auprès d'un maître de stage (ARS Centre-Val de Loire). La deuxième année peut se faire en maison de santé, en centre de santé ou en binôme avec un médecin proche de la retraite, qui lui transmet sa patientèle.
« Ailleurs, ça marche ? »
L'Allemagne encadre l'installation depuis 1993 : un médecin ne peut pas s'installer dans une zone déjà dotée à plus de 110 %. Une expertise de 2018 indique que 99,8 % des habitants sont à moins de dix minutes en voiture d'un généraliste (Slate). La comparaison a ses limites, l'Allemagne ayant beaucoup plus de médecins, mais elle montre qu'un grand pays peut le faire.
« Les Français n'en veulent pas. »
63 % des Français veulent encadrer davantage l'installation des médecins, contre 34 % (Elabe pour Les Echos (janvier 2026)).

Deux ans, payés et logés, en début de carrière. Ce n'est pas la fin de la liberté d'installation : c'est sa contrepartie.

7. Notre appel

Ce que nous demandons aux élus

Ce dossier porte la voix de tous ceux qui cherchent un médecin et n'en trouvent pas. Nous demandons quatre choses concrètes :

  1. 1Poser une question écrite au Gouvernement : combien des docteurs juniors de novembre 2026 exercent dans une zone sous-dotée, et combien de maîtres de stage y manquent ?
  2. 2Intégrer les deux ans pour les territoires dans la suite de l'examen des propositions de loi sur l'accès aux soins actuellement en navette.
  3. 3Appliquer la mesure dès la promotion 2027, comme le prévoit le texte, partout où l'on manque de médecins.
  4. 4Garantir un logement aux jeunes médecins qui acceptent d'exercer en zone sous-dotée, par une convention entre l'Agence régionale de santé et les collectivités.

Pour donner suite, il suffit de répondre au message qui vous a transmis ce dossier.

Faites circuler

Le meilleur moyen que ça bouge, c'est de partager

Un dossier qui reste dans un tiroir ne change rien. Plus il circule, plus les élus devront y répondre. Envoyez-le à un patient sans médecin, à un soignant, à votre maire, à votre député. Chaque partage compte.

8. Le droit

Pourquoi ça tient devant un juriste

Voici les objections qu'un juriste, un syndicat de médecins ou le Conseil constitutionnel pourraient soulever, et pourquoi le texte y résiste.

  • « C'est une atteinte à la liberté d'installation. »

    La liberté d'installation n'est pas un principe constitutionnel à part : elle fait partie de la liberté d'entreprendre. Le législateur peut la limiter pour un motif d'intérêt général, ici la protection de la santé garantie par la Constitution, si l'atteinte est proportionnée. Elle l'est : deux ans seulement, en début de carrière, avec une rémunération, un logement et des dispenses pour raison grave.

    Base juridique : Article 4 de la Déclaration de 1789 (liberté d'entreprendre) et alinéa 11 du Préambule de 1946 (droit à la protection de la santé).

  • « Aucune profession de santé n'est encadrée de cette façon. »

    C'est faux : l'installation des infirmiers est encadrée depuis 2008, celle des kinésithérapeutes depuis 2018, celle des sages-femmes et des chirurgiens-dentistes depuis 2025 (Sénat, rapport n° 668 (2026)). Aucun de ces dispositifs n'a été censuré.

    Base juridique : Conventionnement sélectif des professions de santé, rapport n° 668 du Sénat (2026).

  • « On change les règles en cours de route pour des internes déjà engagés. »

    Non. Le texte ne s'applique qu'aux étudiants qui commencent leur dernière année à partir de la rentrée 2027. Ceux qui sont déjà en formation connaissent les règles qui s'appliquent à eux.

    Base juridique : Principe de sécurité juridique : article 3 de la proposition de loi (entrée en vigueur différée).

  • « C'est une rupture d'égalité entre les jeunes médecins et les autres. »

    Le principe d'égalité permet de traiter différemment des situations différentes, si c'est en rapport avec le but de la loi. Un médecin qui débute n'a ni patientèle ni cabinet : c'est précisément pour ça qu'il est le seul qu'on peut affecter sans désorganiser les soins.

    Base juridique : Article 6 de la Déclaration de 1789, jurisprudence constante du Conseil constitutionnel sur l'égalité devant la loi.

  • « S'il n'y a pas de maître de stage dans la zone, la loi est inapplicable. »

    Le texte prévoit cette seule exception, écrite noir sur blanc, au lieu de laisser le décret ou le juge l'inventer.

    Base juridique : Article 1er de la proposition de loi.

9. Le texte

Proposition de loi, prête à être déposée

Un texte court, sans jargon inutile. Chaque article renvoie à un article de code qui existe déjà : rien à deviner pour les services de l'Assemblée.

Proposition de loi

visant à ce que chaque nouveau médecin généraliste exerce ses deux premières années là où l'on manque de médecins

Exposé des motifs

Mesdames, Messieurs, 6,3 millions d'assurés n'avaient pas de médecin traitant en 2025, et le délai moyen pour consulter un généraliste a triplé depuis 2019.

Depuis novembre 2026, les futurs généralistes accomplissent une quatrième année de formation en cabinet. Rien ne garantit qu'ils l'accomplissent là où l'on manque de médecins.

La présente proposition de loi pose une règle simple : la dernière année de formation et la première année d'exercice se font dans une zone où l'offre de soins est insuffisante. Ensuite, la liberté d'installation s'applique pleinement.

Article 1er – La dernière année de formation

L'article L. 632-2 du code de l'éducation est complété par un alinéa ainsi rédigé :

« La dernière année du troisième cycle des études de médecine générale est accomplie dans une zone mentionnée au 1° de l'article L. 1434-4 du code de la santé publique. Il ne peut y être dérogé que lorsqu'aucun maître de stage agréé n'est disponible dans ces zones. »

Article 2 – La première année d'exercice

I. – Pendant l'année qui suit l'obtention de son diplôme d'études spécialisées de médecine générale, le médecin exerce dans une zone mentionnée au 1° de l'article L. 1434-4 du code de la santé publique, à titre libéral, salarié ou comme remplaçant.

II. – Tant qu'il n'a pas accompli cette année, il ne peut pas adhérer à la convention nationale mentionnée à l'article L. 162-5 du code de la sécurité sociale pour exercer hors de ces zones.

III. – Le directeur général de l'agence régionale de santé peut l'en dispenser pour un motif grave de santé ou de famille.

IV. – Le médecin qui a exécuté un contrat d'engagement de service public prévu à l'article L. 632-6 du code de l'éducation a rempli cette obligation.

Article 3 – Entrée en vigueur

Les articles 1er et 2 s'appliquent aux étudiants qui commencent leur dernière année de médecine générale à partir de la rentrée universitaire 2027.

Article 4 – Les contreparties (à reprendre par le Gouvernement)

Pendant les deux années prévues aux articles 1er et 2, le médecin perçoit une prime d'exercice territorial, et l'agence régionale de santé lui propose un logement. Un décret fixe le montant de la prime.

Article 5 – Le suivi

Chaque année, le Gouvernement publie, pour chaque région, le nombre de médecins concernés, le nombre de maîtres de stage qui manquent dans les zones sous-dotées et le nombre de médecins restés dans ces zones après leurs deux ans.

Un député ou un sénateur peut déposer

Les articles 1er, 2, 3 et 5. Ils ne créent aucune dépense : le docteur junior est déjà rémunéré, et l'obligation ne coûte rien à l'État.

Le Gouvernement doit reprendre

L'article 4, la prime et le logement. Un parlementaire ne peut pas créer une dépense (article 40 de la Constitution) : il doit demander au Gouvernement de le reprendre, par exemple dans le budget de la Sécurité sociale.

Faites circuler

Le meilleur moyen que ça bouge, c'est de partager

Un dossier qui reste dans un tiroir ne change rien. Plus il circule, plus les élus devront y répondre. Envoyez-le à vos proches, à votre maire, à votre député. Chaque partage compte.

Sources

Chiffres vérifiés le 16 octobre 2026. Les témoignages du forum des assurés sont des messages publics, cités sans le nom de leurs auteurs.