Dossier citoyen · Octobre 2026
Apprentis :
pour une majorité sociale
On a gardé le petit salaire et supprimé tout le reste. Un apprenti qui vit seul paie le même loyer qu'un salarié, mais touche moins de la moitié du SMIC. Ce dossier rassemble des témoignages d'apprentis et de parents, des preuves, et une proposition de loi : une première étape pour améliorer la vie des apprentis.
Lire les témoignagesPartager1 015 335
apprentis en France fin 2025
DARES via DREETS
43 %
du SMIC à 18-20 ans en 1re année
Service-Public
21,1 %
de chômage chez les 15-24 ans
INSEE
17 à 20 Md€
d'argent public par an pour l'apprentissage
La Vie des idées
Sommaire
1. Ils témoignent
Des apprentis et des parents prennent la parole
Ces témoignages ont été publiés publiquement, sur les réseaux sociaux, dans la presse ou sur des forums. Ceux des réseaux sociaux sont cités sans le nom de leurs auteurs, à l'orthographe près. D'autres apprentis et parents sont prêts à témoigner directement auprès des élus.
Des parents
Je suis maman d'un apprenti boulanger ! La France fait travailler des enfants de 15 ans 35 heures par semaine, à des horaires décalés, sans vacances scolaires, pour moins de 500 euros. Pression des patrons et pression du CFA. La jeunesse mérite mieux !
J'ai bien des choses à dénoncer aussi sur le fonctionnement du CFA.
Des apprentis
On nous forme deux semaines, puis on récupère une partie du travail d'un salarié, souvent la moitié, pour l'alléger. Ce n'est pas illégal, mais ce n'est plus de la transmission : c'est de la main-d'œuvre pas chère. Et c'est pareil pour tous les apprentis que je connais.
Sur le papier, on a le droit de grève. En pratique, personne n'ose : on risque son contrat et son diplôme. On est seuls, et on est réduits au silence.
Aujourd'hui, il est très difficile de trouver du travail sans qualification. Les patrons veulent des employés déjà formés et avec de l'expérience. Pour un jeune qui sort des études, c'est un véritable chemin de croix.
D'anciens apprentis
À 15 ans, apprenti, 16 centimes de franc, 50 heures par semaine, pas nourri ni logé, et 1 h 30 de transport le matin, pareil le soir.
Dans la presse et sur les forums
J'avais des horaires très pénibles, je commençais ma journée à 5 heures et j'étais mal rémunéré. J'ai vécu cette expérience comme un échec.
J'étais devenue équipière polyvalente.
Je payais 450 euros d'un côté, et 740 euros de l'autre : au total, cela représentait bien 80 % de mes revenus.
J'ai 22 ans, et apparemment en première année de CAP je toucherai vers les 755 euros. Pensez-vous que c'est raisonnable pour vivre à deux ? Est-ce que je peux avoir droit à des aides pour le loyer ?
Partout en France, la même fatigue
Je n'en peux plus de vivre comme un chien, d'être incapable de me projeter dans le futur.
Parce que je crève à petit feu en travaillant.
On ne peut plus vivre décemment avec deux salaires. Plus de vacances, pas d'aides sociales parce qu'on dépasse de justesse, mais on cotise tous les jours.
Et ce qu'on leur a répondu
Sous ces témoignages, certains ont répondu. Ces phrases montrent le problème mieux que n'importe quel discours :
- « Sortez-le de l'apprentissage si ça ne vous convient pas. »
- « Avant de faire des revendications, apprends ton métier avec des gens qui prennent le temps de te transmettre, et sois reconnaissant. »
- « Tu veux de l'argent gratuit, ça n'existe pas. »
À une mère qui dénonce les conditions de travail de son fils de 15 ans, on répond : « Sortez-le de l'apprentissage. » Voilà où on en est.
Toutes les autres critiques reçues, et nos réponses, sont dans la FAQ plus bas.
2. Le constat
Un salaire pensé pour un jeune qui vit chez ses parents
À la base, l'apprenti était nourri, logé et entretenu : soit par son maître, qui le prenait littéralement sous son toit, soit par ses parents, quand il vivait chez eux à côté de l'atelier.1 En échange, le maître le formait vraiment, comme on transmet un métier, et à la fin il gagnait un nouvel employé formé par ses soins, souvent même son successeur. C'est pour ça que l'apprenti était peu ou pas payé : tout le reste était pris en charge.
Aujourd'hui, le salaire d'un apprenti dépend toujours de son âge, pas de ce qu'il vit. À travail égal, un apprenti de 20 ans touche 2,3 fois moins qu'un apprenti de 26 ans en première année.
SMIC à 1 867,02 € brut. Même travail, même loyer : seul l'âge change. Source : Service-Public.
16-17 ans
- 1re année
- 27 % · 504 €
- 2e année
- 39 % · 728 €
- 3e année
- 55 % · 1 027 €
18-20 ans
- 1re année
- 43 % · 803 €
- 2e année
- 51 % · 952 €
- 3e année
- 67 % · 1 251 €
21-25 ans
- 1re année
- 53 % · 990 €
- 2e année
- 61 % · 1 139 €
- 3e année
- 78 % · 1 456 €
26 ans et plus
- 1re année
- 100 % · 1 867 €
- 2e année
- 100 %
- 3e année
- 100 %
Et un apprenti travaille bien à temps plein : le temps passé au CFA est légalement du temps de travail effectif (Service-Public). Le loyer, lui, ne fait pas de remise selon l'âge.
La loi reconnaît déjà qu'à 26 ans, on doit pouvoir vivre de son salaire. Il faut regarder la vie réelle, pas la date de naissance.
3. Les preuves
Un apprentissage éloigné de sa mission
L'apprentissage n'a jamais coûté aussi cher, et il n'a jamais aussi peu servi ceux pour qui il a été créé. Ce n'est pas une opinion, c'est le constat de la Cour des comptes.
Apprentis en formation fin 2025
1 015 335
Source : DARES via DREETS
Entrées en apprentissage en 2025
846 507, en baisse pour la première fois depuis la réforme
Source : OFCE
Part des apprentis en CAP, bac pro ou moins
63 % en 2016, 49 % en 2020
Source : Cour des comptes (2022)
Part des apprentis du supérieur
40 % en 2018, 63 % en 2022
Source : Assemblée nationale
Coût public de l'apprentissage
5,3 Md€ en 2018, 11,3 Md€ en 2021
Source : Cour des comptes (2022)
Dépense publique estimée en 2022
16,8 à 20 Md€
Source : La Vie des idées
Apprentis sans maître d'apprentissage
27 % (Observatoire de l'alternance, 2018)
Source : Welcome to the Jungle (2022)
Chômage des 15-24 ans, 1er trimestre 2026
21,1 %, +2 points sur un an
Source : INSEE
La Cour des comptes juge que l'explosion de l'apprentissage a manqué sa cible historique : l'insertion des jeunes les moins qualifiés. Les nouveaux apprentis sont plus diplômés, donc « moins concernés par les difficultés d'insertion ». Elle demande de privilégier les cas où l'apprentissage apporte une vraie plus-value, « en évitant les effets d'aubaine ».
L'argent public finance de plus en plus des étudiants de master dans de grandes entreprises, et de moins en moins le jeune de CAP qui en a vraiment besoin.
4. Le pouvoir d'achat
Ce qui revient aux apprentis diminue
Pendant que l'État dépense des milliards en aides aux employeurs, les apprentis paient seuls loyer, assurances et transports, et perdent des aides.
CSG et CRDS
Pour les contrats signés depuis le 1er mars 2025, l'exonération ne couvre plus que 50 % du SMIC, contre 79 % avant.
Source : Service-Public
Aide nationale au permis (500 €)
Supprimée par la loi de finances 2026 (article 80). Environ 73 000 apprentis en bénéficiaient, pour 36 M€.
Source : Centre Inffo
Aide régionale au permis (Nouvelle-Aquitaine)
Un apprenti touche 700 € au plus, contre 1 200 € pour un autre jeune.
Source : Région Nouvelle-Aquitaine
Prime d'activité
Réservée aux apprentis qui gagnent au moins 78 % du SMIC net, environ 1 154 €.
Source : Travail-Industrie
RSA
Pas avant 25 ans, sauf exceptions très restrictives.
Code de l'action sociale et des familles
Résultat : la plupart des apprentis de moins de 21 ans n'ont droit ni au RSA ni à la prime d'activité. Il reste les APL. Et dans les territoires ruraux, sans permis ni transports, on n'accède ni à l'entreprise ni au CFA.
5. La solution
La majorité sociale, une première étape
Beaucoup de jeunes sont lâchés par leur famille et vivent complètement seuls. Pourtant, l'État les traite comme s'ils avaient des parents derrière eux jusqu'à 25 ans. La majorité sociale ne règle pas tout. C'est une première étape, simple et chiffrée, pour que l'apprentissage redevienne un pacte juste.
L'apprenti peut vivre de son contrat : la majorité sociale
Un jeune de moins de 26 ans qui prouve son autonomie est traité comme un adulte, pour son salaire et ses droits sociaux.
- Critères cumulatifs, depuis au moins 6 mois : un logement à son nom, une déclaration fiscale séparée de celle des parents, des revenus propres.
- Rupture familiale : une évaluation par un travailleur social peut remplacer ces preuves.
- Effet : l'apprenti touche le minimum des 26 ans et plus, soit 100 % du SMIC. L'employeur paie la grille habituelle ; l'État verse la différence, pour que les employeurs ne soient pas tentés d'écarter ces jeunes à l'embauche.
- Anti-fraude : le délai de 6 mois bloque le bail de complaisance ; tout est contrôlable par la CAF et les impôts.
Le bon tuteur est formé et récompensé
On récompense au lieu de sanctionner : une partie des aides versées à la signature, sans condition, est versée en fin de parcours.
- Bonus de réussite : le diplôme est obtenu, et le CFA atteste selon une grille précise que l'entreprise a réellement formé. L'avis anonyme de l'apprenti compte.
- Bonus d'embauche : l'apprenti est recruté en CDI ou en CDD d'au moins 12 mois. Versé en deux fois, remboursé si l'employeur rompt le contrat sans motif sérieux avant un an.
- Un référent au CFA ou à la mission locale accompagne les apprentis en difficulté, pour que le petit patron ne soit plus seul.
L'apprentissage revient à sa mission
- Recentrer les aides sur les petites entreprises, les CAP et les bacs pro, comme le recommande la Cour des comptes.
- Rétablir l'aide au permis, au moins en zone rurale, et créer un guichet unique pour les aides des apprentis.
- Empêcher la triche sans punir l'apprenti : historique de l'entreprise sur 3 à 5 ans, note de l'employeur comparée à l'examen, jury extérieur.
Et après ?
La majorité sociale ouvre la porte. Les témoignages montrent d'autres chantiers, à construire ensuite avec les apprentis, les parents et les maîtres d'apprentissage :
- Le logement des apprentis qui paient deux loyers, entre l'entreprise et le CFA.
- Les transports dans les territoires ruraux.
- Une vraie représentation des apprentis, pour qu'ils puissent faire valoir leurs droits sans risquer leur contrat.
- Un statut reconnu pour les maîtres d'apprentissage qui forment vraiment.
6. Le financement
Pas un euro de plus : on redéploie
Aujourd'hui, l'État verse aux employeurs une aide dès la première année du contrat, quel que soit le résultat de la formation.
CAP, bac
Moins de 250 salariés : 5 000 €
250 salariés et plus : 2 000 €
BTS
Moins de 250 salariés : 4 500 €
250 salariés et plus : 1 500 €
Licence, master
Moins de 250 salariés : 2 000 €
250 salariés et plus : 750 €
Contrats signés entre le 8 mars et le 31 décembre 2026. Source : Ministère de l'Économie.
La Cour des comptes recommandait déjà en 2022 de mettre fin aux aides exceptionnelles, jugées trop coûteuses (Cour des comptes (2022)). Les transformer en bonus de fin de parcours permet de financer la réforme : les contrats rompus ou ratés ne touchant pas le bonus, le système peut même coûter moins cher qu'aujourd'hui.
Ce que coûterait la majorité sociale
20 000 apprentis
≈ 180 M€ par an
≈ 1 % du budget actuel
100 000 apprentis
≈ 900 M€ par an
≈ 5 % du budget actuel
Estimation : écart moyen d'environ 40 % du SMIC entre la grille actuelle et le SMIC, soit près de 750 € brut par mois et 9 000 € par an et par apprenti. Le rétablissement de l'aide au permis coûterait environ 36 M€ (Assemblée nationale).
Personne ne sait aujourd'hui combien d'apprentis vivent en totale autonomie. C'est la première question à poser au Gouvernement.
7. FAQ
Les critiques reçues, et nos réponses
Toutes ces phrases ont été écrites publiquement, mot pour mot, en réponse à cette proposition sur les réseaux sociaux. Chacune a sa réponse, preuves à l'appui. Les deux dernières seront forcément posées : elles ont aussi leur réponse.
« Le principe du petit salaire vient du fait que tu ne connais rien, que tu es là pour apprendre. »
« Le SMIC à 26 ans est normal, car il a déjà travaillé et cotisé. »
« L'État ne sort pas l'argent de n'importe où. L'argent magique n'existe pas. »
« Le temps au CFA est du temps de travail sur le papier, mais non productif pour l'entreprise. »
« Les OPCO couvrent rarement la totalité de la formation, l'entreprise doit mettre la main à la poche. »
« Si tu vis seul, tu as droit à toutes les aides pour compléter ton salaire. »
« Le problème, ce n'est pas l'État mais les parents qui font des enfants sans être prêts à en assumer la responsabilité. »
« Tu peux aussi prendre un boulot classique et des cours du soir. »
« Du boulot, il y en a : restauration, boucherie, hôtellerie… mais il faut bosser. »
« Tu as les mêmes droits qu'un salarié, les mêmes syndicats et la même convention collective. »
« Tu voudrais en plus être payé autant qu'un salarié à temps plein ? »
« Tout le monde va frauder. »
« Les patrons n'embaucheront plus d'apprentis. »
Même vie, mêmes factures, mêmes droits. Pourquoi moins de salaire, juste parce qu'on est né après ?
8. En vidéo
Le sujet vu par les médias
9. Notre appel
Ce que nous demandons aux élus
Ce dossier est un appel à l'aide. Pas pour une seule personne, mais pour énormément de jeunes actifs, et en particulier les apprentis, dont personne ne parle. Il porte la voix de toutes celles et ceux qui ont témoigné. Nous demandons quatre choses concrètes :
- 1Poser une question écrite au Gouvernement pour connaître le nombre d'apprentis qui vivent en totale autonomie, et chiffrer la majorité sociale.
- 2Rétablir l'aide au permis des apprentis, au moins en zone rurale, lors du prochain budget.
- 3Expérimenter la majorité sociale dans un ou plusieurs départements volontaires avant de la généraliser.
- 4Conditionner progressivement les aides aux employeurs à la qualité de la formation.
Des apprentis et des parents sont prêts à témoigner directement. Pour donner suite, il suffit de répondre au message qui vous a transmis ce dossier.
Faites circuler
Le meilleur moyen que ça bouge, c'est de partager
Un dossier qui reste dans un tiroir ne change rien. Plus il circule, plus les élus devront y répondre. Envoyez-le à un apprenti, à un parent, à un maître d'apprentissage, à votre député. Chaque partage compte.
10. Les réponses des élus
Un apprenti a écrit à cinq élus. Voici leurs réponses.
En octobre 2026, un apprenti a envoyé le même message à plusieurs élus : la situation des apprentis, et une proposition concrète, la « majorité sociale ». Cinq ont répondu, ce qui mérite d'être salué. Mais toutes les réponses ne se valent pas. Les voici, de la plus engagée à la moins engagée.
1. Yannick Neuder (LR)
Un vrai engagement
Son équipe a lu le message en détail, repris l'analyse et proposé de poser une question écrite au Gouvernement sur les apprentis qui vivent seuls. C'est la seule réponse qui annonce une action concrète.
2. Michel Lauzzana (EPR)
Une réponse sincère
Le député a répondu lui-même, ce qui est rare. Le sujet n'est pas sa spécialité, mais il a proposé de transmettre les chiffres à ses collègues. Il reste à voir si la transmission sera faite.
3. Stella Dupont (NI)
Un constat partagé, puis un renvoi
Son équipe reconnaît les difficultés des apprentis, puis renvoie vers le député de la circonscription. Une réponse aimable, mais sans engagement.
4. Raphaël Glucksmann (PP, député européen)
Un renvoi vers son parti
Son bureau salue la « justesse » du témoignage, puis explique que le sujet ne relève pas de son mandat européen, et le transmet à son parti. Poli, mais la porte se referme.
5. Gabriel Attal (EPR)
Une réponse type
Son bureau confirme avoir pris connaissance du message « avec toute l'attention qu'il mérite » et annonce que « les équipes de campagne » étudieront le sujet. Aucune question, aucun engagement : une formule de politesse qui pourrait répondre à n'importe quel courrier.
Bilan : sur cinq réponses, une seule action concrète. Les autres remercient, compatissent ou renvoient ailleurs. Ce n'est pas une attaque contre ces élus, c'est un constat : un million d'apprentis n'ont aujourd'hui presque personne pour porter leur voix.
LR : Les Républicains · EPR : Ensemble pour la République · NI : non-inscrite · PP : Place publique.
11. Le texte
Proposition de loi, prête à être déposée
Pour qu'aucun élu ne puisse dire que l'idée est trop floue, voici le texte, article par article. C'est une base de travail : un élu et ses services pourront l'ajuster.
Proposition de loi
visant à instaurer une majorité sociale pour les apprentis autonomes et à conditionner les aides à l'apprentissage à la qualité de la formation
Exposé des motifs
Mesdames, Messieurs, la France compte plus d'un million d'apprentis. Leur rémunération minimale est fixée en pourcentage du salaire minimum de croissance selon leur âge : un apprenti de 18 à 20 ans perçoit 43 % du SMIC en première année, contre 100 % pour un apprenti de 26 ans ou plus, à travail égal.
Cette grille repose sur l'idée que l'apprenti est hébergé et soutenu par sa famille. Elle ne correspond plus à la situation de nombreux jeunes qui vivent seuls, assument leur loyer et leurs charges, et ne bénéficient ni du revenu de solidarité active avant 25 ans, ni, le plus souvent, de la prime d'activité.
Dans le même temps, la Cour des comptes a constaté que l'essor de l'apprentissage s'était éloigné de son objectif historique, l'insertion des jeunes les moins qualifiés, et a appelé à éviter les effets d'aubaine liés aux aides versées aux employeurs.
La présente proposition de loi constitue une première étape. Elle crée une majorité sociale, qui permet à l'apprenti autonome de percevoir la rémunération applicable aux apprentis de 26 ans et plus, la différence étant prise en charge par l'État. Elle réoriente une partie des aides aux employeurs vers un bonus versé aux entreprises qui ont réellement formé et embauché leur apprenti. Elle rétablit enfin une aide au permis de conduire pour les apprentis des territoires ruraux.
Article 1er
Après l'article L. 6222-27 du code du travail, il est inséré un article L. 6222-27-1 ainsi rédigé :
« Art. L. 6222-27-1. – I. – L'apprenti âgé de moins de vingt-six ans qui justifie, depuis au moins six mois, de son autonomie bénéficie de la majorité sociale. Il perçoit alors un salaire au moins égal à celui fixé pour les apprentis âgés de vingt-six ans et plus.
« II. – L'autonomie est établie lorsque l'apprenti remplit cumulativement les conditions suivantes : 1° Il dispose d'un logement à son nom, à titre de locataire ou de propriétaire ; 2° Il fait l'objet d'une imposition distincte de celle de ses parents ; 3° Il dispose de ressources propres. Lorsque l'apprenti est en situation de rupture familiale, ces conditions peuvent être remplacées par une évaluation réalisée par un travailleur social.
« III. – L'employeur verse le salaire prévu à l'article L. 6222-27. La différence entre ce salaire et celui mentionné au I est prise en charge par l'État et versée mensuellement à l'apprenti, dans des conditions fixées par décret.
« IV. – Un décret en Conseil d'État précise les justificatifs exigés, les modalités de contrôle et les conditions de restitution des sommes indûment perçues. »
Article 2
I. – Une part de l'aide versée aux employeurs d'apprentis en application de l'article L. 6243-1 du code du travail est versée à l'issue du contrat, sous la forme d'un bonus de bonne formation.
II. – Ce bonus est versé lorsque l'apprenti a obtenu le diplôme ou le titre préparé et que le centre de formation d'apprentis atteste, selon une grille nationale tenant compte de l'avis anonyme de l'apprenti, de la qualité de la formation dispensée en entreprise.
III. – Un bonus complémentaire est versé lorsque l'employeur recrute l'apprenti, à l'issue du contrat, par un contrat à durée indéterminée ou un contrat à durée déterminée d'au moins douze mois. Il est versé pour moitié à l'embauche et pour moitié au terme d'un an. Il est restitué lorsque l'employeur rompt le contrat avant ce terme sans cause réelle et sérieuse.
IV. – Un décret précise les montants, la grille d'évaluation et les modalités de contrôle.
Article 3
Une aide au financement du permis de conduire de la catégorie B, d'un montant au moins égal à 500 euros, est versée aux apprentis résidant dans une commune peu dense ou très peu dense au sens de la grille communale de densité de l'Institut national de la statistique et des études économiques. Un décret en fixe les conditions.
Article 4
À titre expérimental, pour une durée de trois ans, l'article 1er est mis en œuvre dans des départements volontaires désignés par arrêté. Six mois avant le terme de l'expérimentation, le Gouvernement remet au Parlement un rapport d'évaluation présentant notamment le nombre d'apprentis bénéficiaires, le coût de la mesure et ses effets sur l'embauche et la réussite aux diplômes.
Article 5
Dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport évaluant le nombre d'apprentis vivant en situation d'autonomie et le coût de la généralisation de la majorité sociale.
Note : une proposition de loi qui crée une dépense nouvelle doit tenir compte des règles de recevabilité financière (article 40 de la Constitution). C'est pourquoi le texte privilégie l'expérimentation, le redéploiement des aides existantes et les rapports au Parlement. Il peut aussi être repris sous forme d'amendements au projet de loi de finances.
Faites circuler
Le meilleur moyen que ça bouge, c'est de partager
Un dossier qui reste dans un tiroir ne change rien. Plus il circule, plus les élus devront y répondre. Envoyez-le à un apprenti, à un parent, à un maître d'apprentissage, à votre député. Chaque partage compte.
Notes
1.L'apprenti était pris en charge par son maître ou par ses parents. Sous l'Ancien Régime, dans les corporations et métiers, le maître devait se substituer aux parents et éduquer l'apprenti, qui devenait en quelque sorte le « nouveau fils de la maison » (Fondation Napoléon, « La loi de 1851 sur l'apprentissage »). La loi de 1851 sur le contrat d'apprentissage reprend cette logique : le contrat doit préciser « les conditions de logement, de nourriture, de prix », et le maître doit « se conduire envers l'apprenti en bon père de famille ».
Mais ce n'était pas toujours le maître. Un contrat d'apprentissage signé à Montbéliard le 8 janvier 1774 prévoit que le père de l'apprenti doit « nourrir, coucher et entretenir son dit fils » pendant l'apprentissage, sauf l'hiver où l'apprenti « couchera chez son maître ». Le même contrat précise qu'il « ne sera rien payé pour le dit apprentissage » (Académie de Besançon, « Un contrat d'apprentissage en 1774 »). Dans les deux cas, quelqu'un prenait en charge la vie de l'apprenti. C'est ce qui justifiait l'absence ou la faiblesse de sa rémunération.
Sources
- Service-Public, rémunération et cotisations de l'apprenti (F2918)
- Ministère de l'Économie, aides à l'embauche d'un apprenti en 2026
- DREETS, statistiques de l'apprentissage 2025
- OFCE, Policy brief n° 157 (2026)
- Previssima, synthèse du rapport de la Cour des comptes sur l'alternance (juin 2022)
- Assemblée nationale, amendement AS117
- La Vie des idées, Améliorer l'insertion professionnelle des apprentis
- INSEE via AFP, chômage au 1er trimestre 2026
- Centre Inffo, mesures apprentissage de la loi de finances 2026
- Assemblée nationale, amendement CF910 (aide au permis)
- Région Nouvelle-Aquitaine, aide au permis B
- Travail-Industrie, prime d'activité des apprentis
- Welcome to the Jungle, « Derrière le boom de l'alternance, les abus des entreprises ? »
- L'Étudiant, « Alternance dans une autre ville : comment s'en sortir avec deux loyers »
- CommentÇaMarche, « Prendre un premier appart et faire un CAP »
- Fondation Napoléon, « La loi de 1851 sur l'apprentissage »
- Académie de Besançon, « Un contrat d'apprentissage en 1774 » (Bulletin de la Société d'émulation de Montbéliard, 1906)
Chiffres vérifiés le 15 octobre 2026. Les témoignages issus des réseaux sociaux sont des commentaires publics publiés en octobre 2026.